13 December 2017

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Laura Bégin

Publié le:  13 septembre 2004
Photo de Laura prise en 1908 aux États Unis

Laura Bégin Guillemette 1907-1993

Laura, l’aînée de la famille de Joseph Bégin et d’Exélia Gagné voit le jour le 3 février 1907 à Lawrence Massachusetts. La famille Bégin déménage au Canada deux ans plus tard alors qu’elle compte deux enfants : Laura et Régina. Rose, la troisième, est en devenir.

Les Bégin s’établissent a Breakeyville durant quelques années avant de se fixer définitivement sur un lopin de terre situé dans le rang de la Grande-Ligne, dans la paroisse de Saint-Isidore-de-Dorchester.

Laura est une enfant très sage, elle aime l’école et saisit la chance de se faire instruire. Après son passage à la petite école du rang, elle fréquente le Couvent des Sœurs du Bon Pasteur au village. Elle pensionne alors chez le Colonel Turgeon. Après avoir complété sa neuvième année d’études, elle commence à enseigner dans la petite école de rang située au centre de la Grande–Ligne où elle œuvre pendant quatre années. Elle enseigne même à quelques-unes de ses 11 sœurs.

On lui reconnaît très vite un don pour la discipline et il arrive qu’on lui confie la charge d’élèves récalcitrants dont les autres enseignantes ne peuvent venir à bout. Un certain Roméo Brochu est souvent cité en exemple. Il semble qu’après quelques jours seulement, l’intimé n’eut d’autre choix que de devenir un élève obéissant.

Ne bénéficiant d’aucun moyen de transport, c’est à pied qu’elle franchit durant la belle saison les deux milles qui séparent la maison paternelle de la petite école. L’hiver venu, elle demeure à l’école toute la semaine y gardant avec elle l’une ou l’autre de ses sœurs, notamment Germaine, puis Victorine sa filleule.

Jos Bégin est très fier de son aînée, une jeune demoiselle à l’allure distinguée, sociable et démontrant un bon talent pour le chant. Sa sœur Rose qui aime aussi la musique l’accompagne de temps en temps à l’harmonium.

Son cœur balance

Laura connaîtra au moins trois prétendants avant d’être courtisée par Joseph Guillemette qui deviendra l’élu de son cœur. Se succèdent à sa cour : Donat Carrier, frère de Philippe, puis Jos Patry qui avaient tous les deux le défaut de ne pas être au goût du père Jos. Ils se retrouvent rapidement dehors, gros Jean comme devant. Laura regarde alors du côté de Philias Proulx, mais fait bientôt la rencontre de Joseph Guillemette et son cœur balance un certain temps entre les deux. Le père Jos a une préférence pour Joseph; un honnête cultivateur, commerçant à ses heures et qui chante de surcroît. Le choix de Laura a-t-il été influencé par son papa? Qui sait?

Après deux ans de fréquentations, Laura et Joseph se marient le 26 août 1929, en même temps que Rose (sœur de Laura) qui épouse Edmond Pelchat. Pour leur voyage de noces, Laura et Joseph prennent le train qui les conduit à Lac-Mégantic où vivent des parents de Joseph. À leur retour, les tourtereaux s’installent dans la maison paternelle des Guillemette, rang Saint-Pierre à Saint-Isidore.

Les nouveaux mariés n’y sont pas seuls : il y a la belle-mère et trois beaux-frères. Laura, qui s’ennuie un peu de sa famille, a emmené avec elle sa filleule Victorine. Cette dernière habite deux ans et demi à St-Pierre où elle fréquente l’école de rang. Par la suite, les jeunes sœurs de Laura viendront à tour de rôle lui prêter main forte. Ainsi, Bérénice, Thérèse, Gertrude sont dépêchées par leur mère durant les vacances d’été pour aider Laura, faire son «grand ménage». Puis, un jour un frère de Joseph, Louis et sa femme ainsi que leurs deux enfants, viennent s’ajouter à la famille. Louis vient de perdre sa ferme de Saint-Gervais à cause de difficultés financières. C’est la grande dépression économique de 1929. On croit qu’ils ont séjourné durant un an dans la maison pourtant déjà bien remplie. Ce genre de vie se perpétue, il y a toujours du monde à la maison. Stanislas, frère de Joseph, pensionne à la maison paternelle en compagnie d’un parfois deux employés. Et le soir venu, les voisins arrivent pour jouer aux cartes.

Puis, tour à tour arrivent les enfants ; le 16 juin 1930 naît Lucille. Puis suivent dans l’ordre Benoît, Robert, Isidore (décède à l’âge de cinq ans), Monique (meurt à 36 ans dans un accident de la route en Espagne), Jean-Louis, Louise, Suzanne, Roland, Françoise, Gérard (se noie dans la rivière Chaudière alors qu’il est âgé de 13 ans), Nicole, Bertrand (décède à l’âge de deux mois), et Grégoire né le 30 janvier 1950.

Laura et Joseph triment dur. En certaines périodes, ils engagent des employés; on se rappelle particulièrement de Lucienne Larochelle, Léopold Brochu, Marie Bussières. En outre, les épreuves ne manquent pas : décès tragiques d’enfants, incendies. Il y a d’abord la grange qui est détruite par les flammes. Comme c’est la coutume à l’époque, la reconstruction est le fruit d’une grande corvée. Laura doit alors préparer dîner et collation de l’après-midi pour tous les hommes qui viennent donner de leur temps. Ils sont parfois jusqu’à une cinquantaine à nourrir.

Autre coup dur, le feu détruit la maison ancestrale le 24 janvier 1941, le jour même où l’on fête le Mardi gras. Ce jour-là, c’est de tradition que Joseph aille prendre le repas du midi chez son cousin Joseph Guillemette qui habite au village. Il s’y rend comme de coutume avec Laura et leurs quatre enfants qui ne sont pas encore d’âge scolaire. Pendant que les trois plus vieux sont à l’école, un feu de cheminée se propage à toute la maison. Lorsque Lucille, Benoît et Robert reviennent de l’école, la maison est déjà la proie des flammes. Malgré les efforts de quelques personnes, dont Robert qui transporte des chaudières d’eau de la grange avec son traîneau, presque tous les biens disparaissent en fumée, même le hangar derrière la maison est réduit en cendres.

La petite famille va s’installer chez l’oncle Stanislas qui entre-temps avait fait l’acquisition de la maison des Dion située à deux pas des ruines encore fumantes. Parents, voisins, amis et bien des paroissiens leur viennent en aide en donnant vêtements et meubles. La famille Guillemette compte à ce moment sept enfants et un huitième est déjà en route. Roland vient au monde le 2 juin 1941. Le séjour chez Stanislas durera environ deux ans, période pendant laquelle Joseph bûche, sur sa terre, le bois nécessaire à la reconstruction de la nouvelle demeure.

Elle a failli y passer En plus de ses nombreux accouchements, Laura fait deux fausses couches dont une avec hémorragie sévère qui faillit l’emporter. On peut aussi mentionner à ce chapitre qu’à la suite d’un accouchement, elle fait une thrombophlébite qui la retient

au lit pendant un mois. Grand-mère Bégin vient heureusement la remplacer pour les travaux quotidiens. La parenté est d’un grand secours dans ces moments difficiles; notons que tante Anna, épouse à la poigne de fer de l’oncle Victor Gagné, est venue

elle aussi relever Laura à la suite d’un accouchement. Quand tante Anna est là, nous les jeunes n’avons qu’à bien nous tenir…

Laura ne participe pas beaucoup aux travaux agricoles, accordant tout son temps à l’éducation et à l’instruction des enfants. Femme de grande foi, elle leur transmet les valeurs de l’Église catholique romaine, c’est-à-dire la prière et la présence assidue à la messe dominicale. Une petite anecdote illustre bien l’ampleur de sa dévotion. À chaque printemps, comme l’exige la Sainte Église, toute bonne chrétienne doit aller faire ses Pâques. Laura se rend donc au village en voiture à cheval accompagnée des enfants. Une fois rendue à l’église, elle entre au confessionnal pour avouer au pasteur qu’elle avait goûté, le matin, au lait de son nourrisson, question d’en vérifier la température. La loi de l’Église est appliquée à la lettre, le jeûne devait être respecté depuis les douze coups de minuit et le prêtre refuse la communion ! Elle doit donc se reprendre pour « faire ses Pâques ».

Ses loisirs

Comme tout bon enfant de Jos Bégin, Laura a appris à chanter et montre maintenant à ses enfants à faire de même. Lorsqu’elle berce un bébé, ses airs préférés incluent « La poulette grise », « Tit Jésus bonjour » et « Partons la mer est belle ».

Malgré un horaire chargé de femme de cultivateur, elle entretient une correspondance assidue avec ses sœurs Régina, Julienne et Bérénice qui demeurent à de grandes distances, de même qu’avec ses belles-sœurs Guillemette de l’Abitibi. C’est probablement le seul loisir qui lui soit aussi agréable qu’accessible.

À un certain moment, une pénurie d’enseignants affecte la petite école du rang Saint-Pierre et l’on fait appel à ses services pour transmettre le savoir. Elle accepte la tâche mais se rend compte très vite que « les temps ont changé » et qu’elle n’a plus la capacité d’autrefois. Elle rend les armes après quelques mois seulement et retourne avec soulagement à ses tâches ménagères.

À l’inverse de son Joseph, qui est plutôt casanier, pour Laura recevoir et visiter la parenté sont source de bien grandes joies. Joseph est cependant toujours accueillant pour ``la visite``. Si quelqu’un se présente à l’heure du repas, il l’invite à la table comme ceci : viens donc prendre une bouchée avec nous autres…

En 1970, le couple se résigne à vendre la ferme à Jean-Louis, tout en continuant à habiter la maison. Joseph est victime d’un premier infarctus en 1974 puis d’un deuxième qui lui est fatal. Il décède le 26 février 1975 à l’âge de 70 ans. Laura habitera la demeure pour encore quelques années en compagnie de son beau-frère Stanislas.

Elle réalise un rêve

À l’automne de la même année, elle réalise un vieux rêve. Elle part pour un voyage organisé en compagnie de sa sœur Rose et de Stanislas. Ils visitent en rafale la France, la Suisse et l’Italie; Rome étant le point culminant de la tournée. Durant les années qui suivent, elle effectue plusieurs autres périples d’importance comme La Manic, une croisière aux Iles Saint-Pierre-et-Miquelon, les provinces de l’Ouest canadien, la Floride, Cuba et le Mexique. Il faut aussi souligner ses visites maintenant plus fréquentes en compagnie de Stanislas, chauffeur on ne peut plus prudent, chez Julienne, au Vermont, et chez les Guillemette en Abitibi.

Cette femme à la stature imposante a reçu en héritage de son paternel la fierté de porter de beaux vêtements. Malheureusement, elle devra patienter jusqu’à l’âge de la retraite avant de pouvoir assouvir pleinement ce petit caprice trop longtemps refoulé.

Elle s’installe au village

Puis vient le temps de vendre la maison à son petit-fils Mario Guillemette et de déménager au village dans la maison que son père puis son frère Hilaire ont habitée avant elle et qui appartient maintenant à son fils Benoît. Nous sommes alors en juillet 1992 et son séjour y sera de très courte durée puisqu’elle n’y habitera qu’un mois. Elle est victime d’un accident vasculaire-cérébral qui la rend impotente et tout à fait incapable de communiquer. On la gardera un mois et demi sous observation à l’hôpital Laval puis au centre d’hébergement de Sainte-Marie-de-Beauce, endroit où elle attendra jusqu’à la mi-janvier son admission à la Villa Saint-Isidore. Le 30 janvier 1993, elle est à nouveau victime d’un AVC qui lui sera fatal. On la transporte d’urgence à l’hôpital Laval où l’on constate son décès peu après son arrivée. Laura aurait eu 86 ans le 3 février 1993.

Témoignage de sa fille Louise

Chère maman, quand je pense à vous, je revois mon enfance heureuse au fil des saisons : le printemps et la cabane à sucre près du ruisseau chantant; l’été et son grand potager, les lilas et les pivoines; l’automne avec la salade d’hiver qui mijote et embaume la maison; l’hiver avec le poêle à bois qui ronronne en répandant sa douce chaleur. Je revois également la vieille chatte grise qui se laisse paresseusement caresser par vos mains usées. Merci maman pour tout ce que vous avez voulu nous transmettre; votre amour, votre générosité et votre foi en Dieu. Votre esprit de famille nous a permis de tisser entre nous des liens assez forts pour nous garder unis malgré le temps et les distances. Avec papa, Isidore, Bertrand, Gérard et Monique vous continuez de veiller sur nous tout en nous attendant.

Vos enfants qui vous aiment

Propos recueillis par Lucille et Louise à Charlesbourg le 6 mars 2002

Révision et corrections du texte : Laurent et François Bégin

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