13 December 2017

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— Photo de mariage Rose De Lima Bégin et Edmond Pelchat

Photo de mariage
Publié le:  16 juillet 2006


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Rose de Lima Bégin
Publié le:  14 juillet 2006

Rose De Lima BÉGIN Pelchat

Sa vie racontée par elle-même

(Propos recueillis par Denis Pelchat vers 1989)

Oui, le calendrier indiquait bien un 27 avril en 1909 lorsque j'ai vu le jour sur cette terre. Il y aura de cela plus de mille trente-deux lunes en avril 1995. Deux soeurs me précédaient: Laura et régina. Mes parents m'ont conçue aux États-Unis à Lawrence, Massachusetts. Mais Je suis née dans le rang de la Grand-Ligne, au numéro 78. Maman Exélia avait dit à mon père Joseph Bégin: "Si tu veux avoir des enfants comme cela, je veux les élever sur une terre au Canada. Joseph a donc acheté une terre d'un dénommé Mceffy au retour des États.

Maman Exélia Gagné était née à St-Bernard Dorchester et elle aimait assez la terre pour en tirer sa subsistance. J'avais donc quatorze mois lorsque mon père achète une maison à Saint-Lambert, de Louison Couture, père de Napoléon Couture qui Était marié à Rose-Anna Pelchat, soeur de Camille Pelchat. J'en deviendrai parente par alliance. Cette terre était voisine d'une grosse maison appartenant à un dénommé Arthur Sévigny. La construction de cette maison ne fut jamais terminée.

Vers l'âge de neuf ans, à la fin de la guerre 1914-18, on revient à St-Isidore. Maman n'aimait pas voir rôder ses enfants sur le bord de la rivière Chaudière. Papa décide d'acheter une terre dans le bas de la Grand-Ligne. Cette terre appartenait à un dénommé Cyrille Francoeur. Comme papa n'aimait pas la terre, il se fait commerçant. Maman s'occupe de la ferme: traire les vaches, soigner les nombreuses poules, faire boucherie, et, selon les saisons, faire le savon du pays. Papa achète le beurre à la beurrerie Saint-Isidore. D'abord en voiture à cheval, il va vendre le tout à Breakeyville et à Lévis. Puis, quand Hilaire a seize ans, on lui achète un camion. Avec ou sans permis... il est le chauffeur désigné. Ce n'était pas facile de conserver tous ces aliments sans réfrigérateur. Papa revenait de la ville avec du sucre et de la farine pour les gens de St-Isidore.

A treize ans, je me retrouve à Québec, Rue du Parloir, chez les Ursulines. Je travaillais pour ma pension et soeur Saint-Henri nous donnait des cours de catéchisme un jour par semaine. Je reviens à la maison en juin, soit le 10 juin 1924, pour être la marraine de mon frère Paul-Émile. En septembre, je continue mes études à l'école modèle de Saint-Lambert. La première année, on est 14 filles pensionnaires et on se fait la cuisine. L'année suivante, je demeure chez oncle Georges Larochelle. J'aidais ma tante Adélia qui relevait d'une opération. A la fin de l'année, la maîtresse nous présente à l'examen et nous échouons toutes les huit: elle n'avait pas vu le questionnaire auparavant! Septembre suivant, je me retrouve au couvent de Saint-Isidore. Mère Saint-Pierre nous enseigne la couture. Durant l'automne, je voyage en voiture avec Juliette Proulx. Durant l'hiver, nous sommes pensionnaires.

Septembre arrive. J'enseigne à l'école que j'avais fréquentée étant jeune. Bérénice et Rosaire sont dans ma classe. Il y a deux classes à divisions multiples. Cécile Parent enseigne aux petits et moi aux grands. J'ai 28 élèves de la quatrième à la sixième année. Je voyageais à pied. Je recevais 250$ pour l'année. Selon la coutume de l'époque, je n'en voyais pas la couleur! La paie de juin était moindre. La commission scolaire envoyait un montant pour le fond de pension. Suite à ma demande, en 1992, je fais les démarches nécessaires et je retire 10$, sans intérêt, montant que j'avais payé 65 ans auparavant. Les cours duraient de 09:30 à 15:30. Je dînais à l'école. Le matin, il fallait allumer le petit poêle à bois: ce n'était pas chaud. La toilette était au bout d'un long corridor, à l'extérieur, au froid. Parfois on gardait deux ou trois envies ensemble, pour ne pas se faire geler le précieux ou la précieuse...

Mon premier ami ou chum... était un nommé Frédérique Plante de Saint-Lambert qui vit encore en 1995. J'avais alors 17 ans. Il venait une fois la semaine, le dimanche, en voiture à cheval. Il m'a fréquenté durant un an et demi. Un beau dimanche après-midi, on allait, en groupe, avec le camion à Hilaire, à la bénédiction des cloches à Saint-Gilles. On devait prendre Frédérique devant l'église de Saint-Lambert où il avait rendez-vous avec moi. Papa était assis à l'avant du camion et en voyant Frédérique, il dit à Hilaire: Passe droit... Ce fut la fin.

Sur l'entrefaite, Laura sortait avec Donat Carrier et Régina avec Philippe Carrier. Pour une fête, Philippe demande à son cousin Edmond de m'accompagner. Ça débute. Mais Edmond avait une blonde qu'il aimait bien. Elle travaillait chez le docteur Daniel Gagné à Saint-Isidore. Elle venait de la Beauce. Son père étant décédé, elle invite Edmond à prendre la terre avec elle. Il refuse. Selon l'expression du temps, c'était se faire enculotter... Edmond vient le dimanche et les bons soirs. Après deux ans, on parle de mariage. Papa disait: "Faut pas que ça traîne." En hiver, Edmond va au chantier, comme de raison, je reçois des visiteurs...

Au retour d'Edmond, les aspirants disparaissent. Edmond avait 25 ans, très sérieux. Il avait hâte de se placer. Son père lui vend une terre au numéro 115 de la Grand-Ligne. Son père avait acheté cette terre de M. Georges Rouke. Le mariage double sera célébré le 26 d'août 1929, à neuf heures, un lundi matin.

Il n'y avait pas de mariage en après-midi et encore moins le samedi ou le vendredi, ce jour-là était maigre. Comme je n'étais pas en âge (21 ans) il a fallu deux publications. Donc, Joseph Isidore Guillemette et Laura, puis Edmond Pelchat et moi, nous nous marions le même jour. Papa avait réquisitionné les 11 autos de la paroisse: Jos Turgeon, Napoléon Bouffard, Esdras Drouin, l'auto et le camion à Hilaire, etc.

Le diner se fait à la maison paternelle, du poulet si je me souviens bien. Chacun avait devant lui une bouteille de liqueur. On était environ 75 au repas. De la boisson, il y en avait, mais pas trop visible... On passait le p'tit verre avec le flacon ou la cruche... aux deux heures, pas d'abus. Edmond et Camille était Lacordaire. Il y a danse à l'extérieur en après-midi. Le souper pour nous est chez mon beau-père Camille Pelchat, sur la terre de Raoul Pelchat rue Ste-Geneviève (1995). On a dansé. Alyre Pelchat jouait de l'accordéon. Je ne me souviens pas avoir eu de tours pendables. Comme on couchait chez Marie-Anne Pelchat et Jean-Marie Bouffard (mariés de trois ans), Marie-Anne avai pris soin de ma valise, pour ne pas faire coudre ma jaquette... Les noceurs, ayant passé la nuit, viennent nous réveiller le matin... On passera trois jours chez Camille Pelchat. Eugénie, la soeur d'Édmond a douze ans et Huguette ma soeur a un an et demi.

Comme on se marie pour le meilleur et pour le pire, le meilleur étant passé, je me retrouve à 20 ans femme de cultivateur: 7 vaches à traire matin et soir, 12 poules de maman, 2 cochons, 3 ou 4 moutons, deux chevaux: Puce, cheval de route et Kate pour le travail. En poche, cinq dollars. Comme revenu, une paie de beurrerie toutes les quinzaines.

Assis sur l'herbe en avant: Raymond et Marc.

En arrière: Germaine, René, Edmond, Georges assis sur Rose.

Sur une terre, il faut des bras, selon la coutume. Edmond va en avoir, une paire par année: Raymond, Marc, René, Georges, André, Denis. Ils naissent tous en automne. Imaginez au temps des foins en juin-juillet, moi aussi j'avais mon voyage. A ce moment là, la nature me force à prendre mon souffle: une sévère hémorragie. J'ai failli y passer. Je suis hospitalisée à Charny. Edmond avait une grande confiance en Ste-Anne. Il fait un pèlerinage à pieds à la chapelle de Ste-Anne de Ste-Marie de Beauce. Le curé et Edmond me laisse un peu de répit... Viennent par la suite Rollande, Laval qui décèdera de la jaunisse après 19 jours. S'ajoutent: Isabelle, Armand, Marielle, Paul et Maurice.

Durant ces années, Edmond, avec son frère Noël, ira travailler dans une carrière à St-Romuald. Ils partent en train le lundi matin pour en revenir le vendredi ou le samedi soir. Je lui fais de la nourriture pour la semaine. Raymond à 12 ans est le "boss" sur la ferme. Ça ne lui en donnera pas le goût: il ne sera jamais cultivateur. Un bon jour, Marc ira en voiture à cheval porter un voyage de bois à St-Romuald.

Le prêtre nous disait: "Vous vous mariez pour le meilleur et pour le pire." Celui-ci m'a visité plus souvent qu'à son tour. Vers la fin de novembre, en 1947, Edmond transporte un voyage de fumier sur notre terre à bois en haut de la Grand-Ligne (c'est le nom de notre rang). Il en ramène un voyage de bois. En chargeant sa "sleight" double, la boîte le blesse à la tête. Il aurait pu perdre connaissance. Il monte dans la voiture. Les chevaux partent. Ils s'arrêtent chez Noël en passant. Surpris, Noël s'en occupe et le ramène à la maison. Au départ, il était à trois milles de chez nous. Il faisait très froid. Le docteur vient et le lendemain il est transporté en auto à l'hôpital de Lévis: une méningite aiguë. Plus de trois mois de repos. Comme ce fut le cas pour Laura, la mort nous visitera. Raymond et Marie-Claire Rhéaume, son épouse, décèdent accidentellement le 22 octobre 1959. On garde leur bébé de deux ans. La même année, en mars, Edmond était allé à la messe avec Paul lors de la fête de St-Joseph. Au retour, la tempête de neige fait rage. Sur la route, un snowmobile (Adrien Drouin) les dépasse. Le cheval a peur et la voiture se renverse. Edmond est tombé entre les lisses et les chenilles de la machine: il en sort un bras et une jambe cassée. Encore six mois au repos forcé. Il ne retrouvera jamais ses capacités. Quand tu es cultivateur et que cela arrive, c'est terrible. Sur une terre, veut veut pas, il faut des bras.

En 1963, nous vendons notre terre pour aller demeurer au village, à l'ombre du clocher paroissial. Edmond ne manquait pas sa messe quotidienne. Au village, Edmond a travaillé à l'usine de liqueur de St-Isidore. Pour ma part, j'aide madame Maurice Brochu, malade, à faire l'ordinaire de la maison. Ensuite, j'ai travaillé au presbytère plus de 12 ans. Ce repos bien mérité sera de courte durée. Avec son premier chèque de pension, Edmond va voir le docteur. Il lui annonce qu'il a le cancer de l'estomac. Il en mourra en juin 1969, à 67 ans, encore jeune.

1988, je déménageais au HLM rue Albert à St-Isidore. Puis, mon autonomie diminuant, je fais mon entrée au Pavillon Parent au 134, rue St-Jean. Enfin un peu de bon temps avant le grand Voyage. Repas fournis. J'ai tant cuisiné dans ma vie avec si peu de moyens confortables, je peux me payer du bon temps. De tous mes enfants, un seul demeure à St-Isidore: Marc. Les autres vivent à Montréal (Legardeur, Charlemagne), Granby, Beauport, Lévis, Toronto, Edmonton.

Je remercie le Bon Dieu de toutes les joies qu'il m'a apportées et la force qu'il m'a donnée pour supporter les épreuves. Je suis contente de ma belle famille.

Votre Grande Soeur Rose.




Rose de Lima Bégin
Publié le:  14 juillet 2006

Rose De Lima BÉGIN Pelchat

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