21 October 2017

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Hélène et Roland, 50 ans de mariage
Publié le:  08 avril 2013

Maman, Papa,

Parents et amis,

Ce soir, nous allons vous raconter une histoire, une histoire vraie qui a commencé il y a plus de cinquante ans. Nos deux héros principaux de cette histoire se nomment Hélène et Roland; autour d’eux gravitent une foule de personnages : des parents, des amis puis des enfants et enfin, neuf petits-enfants.

Au début de l’histoire, nos deux héros ne se connaissent pas; Hélène vivait à St-Isidore tandis que Roland, lui, demeurait à Breakeyville; par contre, ils étaient à peu près du même âge, elle, plus vieille que lui de huit mois. Hélène a passé une bonne partie de sa petite enfance de façon bien modeste sur la ferme familiale dans la Grande Ligne à St-Isidore, elle était la cinquième d’une famille de seize. Pour rejoindre les deux bouts, son père et sa mère cultivaient la terre et en plus, faisaient le commerce de leurs produits de la ferme dans les villages avoisinants, entre autres, à Breakeyville où ils avaient de la parenté.

Quant à Roland, il était un enfant un peu gâté et même très choyé. Sa sœur cadette étant décédée très jeune, il devint le petit dernier malgré lui; ce ne fut pas long qu’il a appris à profiter de la situation, en effet, à un moment donné, il faut atteint d’une maladie assez grave; pour revenir à la santé, il devait prendre un médicament régulièrement; imaginez vous donc que sa mère devait le payer argent comptant pour prendre ses médications. Déjà, il faisait marcher ses parents; ayant compris le stratagème du chantage, il s’en est servi aussi quand ses parents l’envoyèrent pensionnaire au Collège de Lévis avec son frère Léo. La vie de pensionnaire l’a rendu très malade; il dépérissait à vue d’œil, il s’ennuyait. Lorsque sa mère se rendit le voir, il faisait tellement pitié qu’elle le ramena à la maison sur le champ; la guérison fut pour ainsi dire instantanée.

Pendant ce temps, à St-Isidore, Hélène, dès l’âge de treize ans, commençait à travailler; elle s’était engagée chez Hyppolite Larose pour aider à l’entretien de la maison. Bien qu’initiée au travail très jeune, elle vivait une enfance heureuse avec ses soeurs et ses frères, bien entourée par ses parents. Il faut bien dire «entourée» car pépère Bégin était très sévère et suivait ses filles de près. Par contre, il avait confiance en Hélène; à l’occasion, il l’envoyait avec sa petite sœur Julienne, chaperonner les aînées Laura, Régina et Rose lorsqu’elles sortaient avec les garçons; la petite Julienne faisait très bien son devoir. Elle passait la soirée assise à surveiller, le nez en l’air. Pendant ce temps, Hélène se faisait facilement des cavaliers et se permettait même de danser, si son père avait su… De toute façon la petite Julienne ne racontait rien à son père, car elle aussi, elle voulait sortir encore. Il faut dire qu’en plus d’attirer les garçons, Hélène aimait beaucoup rire, s’amuser et jouer des tours. Par contre, elle savait être sérieuse; à la maison, ses sœurs plus jeunes l’appelaient «tite mère» tant elle était près d’elles. Un jour, vers l’âge de dix-sept ans, elle quitta la maison pour aller travailler, devinez où …? À Breakeyville.

Pendant ce temps, Roland, lui, continuait sa petite vie de jeunesse bien tranquille à Breakeyville. Son passe-temps préféré était de jouer des tours à ses deux sœurs Noëlla et Berthe et même à l’occasion de leur faire honte. Un jour, par un beau dimanche après-midi, il réussit à convaincre tante Noëlla d’embarquer, bien endimanchée, dans la brouette pour faire un tour tout doucement dans la cour. Aussitôt embarquée, aussitôt décollé, il partit à pleine course, sortit de la cour et fit le tour des rues avoisinantes. Tante Noëlla criait au meurtre, rien n’y faisait. Roland continuait. Tous les voisins riaient. Ce fut le premier et dernier tour de brouette de tante Noëlla. Roland était bien chez lui, il n’était pas un voyageur, sûrement à cause de sa grande timidité. Lorsque pépère Sévigny acheta son premier Chrysler, il décida d’aller visiter la parenté à Thetford-Mines; le soir venu, il fut convenu que l’on couchait chez un cousin qui voulait absolument les garder; Roland ne voulait pas coucher chez le cousin, ça le gênait, prétendait-il. Son père lui dit : «Si tu es trop gêné pour coucher ici avec les autres, c ouche dans le char». Croyez-le ou non, Roland a couché dans le char.

Comme on l’a dit précédemment, Roland était le dernier de la famille, ce qui fait qu’il avait des neveux qui le suivaient de près en âge. De temps en temps, il allait au plaisir de ses sœurs et Victorine, amuser des neveux. Mais à un certain moment donné, il commença à aller de plus en plus régulièrement chez tante Laure et même, il y allait très souvent. Memère Sévigny se demandait bien ce qui pouvait attirer Roland pour qu’il aille aussi souvent jouer avec ses neveux Georges, Paul-Henri et Jacques qui n’étaient pourtant pas des anges. On finit par découvrir le pot aux roses; Roland avait un œil sur la nouvelle aide-ménagère de Laure, celle qui venait de St-Isidore. N’ayant jamais eu de petite amie, il était très intimidé. Mais, qu’est ce qu’on ne ferait pas pour voir, seulement voir un peu, une jeune fille que l’on trouve attirante. Les vrais amours ne commencèrent cependant que quelques années plus tard, car entre-temps, Hélène était allée travailler en ville. Comment faire pour aller la voir là ? Il se fit «chum» avec Armand Boutin qui avait une auto et il lui présenta la belle Germaine, sœur d’Hélène, qui elle aussi travaillait en ville, et ainsi, le tour fut joué.

Par contre, grand-père Bégin veillait à ses filles en tout temps et surtout au moment des fréquentations. Lorsque Roland allait voir Hélène à St-Isidore, pepère se tenait proche. Vers onze heures, il sortait le tisonnier, brassait le bois dans le poêle, remontait l’horloge, s’assoyait près du salon et … se dérhumait, ça voulait tout dire, c’était l’heure de partir.

Après quelques années de fréquentations, Roland et Hélène unissent leur destinée mardi le 31 août 1937 et cela dure depuis 50 ans. Après le mariage, une petite réception eut lieu chez pepère Bégin. Ils ont dansé et chanté au son de l’accordéon d’oncle Hilaire et du violon d’oncle Rosaire. Ils ont même chanté un duo, une très belle mélodie que nous connaissons tous : «Quand on s’aime bien tous les deux».

Pour le voyage de noces, pepère Sévigny leur a prêté son gros Chrysler et c’est avec des canisses attachées derrière qu’ils ont pris le départ; arrivé au pont de St-Lambert, Roland s’est dépêché de jeter les canisses en bas du pont.

Très tard, le soir même, ils arrivaient chez l’oncle Jos à Ste-Perpétue. Ils se sont semble-t-il égarés en cours de route. C’est sûr qu’en voyage de noces, c’est plus facile de se perdre. Le lendemain, ils se sont rendus à Montréal avec le mon oncle et la ma tante. Au retour, ils sont passés par Warwick pour visiter le cousin Alphonse Couture.

Oh surprise! Ils ont vite constaté qu’ils n’étaient pas revenus seuls de leur voyage de noces. Le dimanche qui suivit leur retour, Roland, en se grattant la nuque découvrit pendant le sermon une petite bestiole qui lui descendait dans le cou, c ‘était un pou. Le lendemain soir, c’était le traitement au safo pour les deux. Il ne fallait surtout pas que la famille l’apprenne, quelle honte!

Les trois premières années de leur mariage, Roland et Hélène les ont vécues chez pepère Sévigny. À ce moment-là, Roland travaillait au moulin, en se mariant, il reçut, grâce à pepère qui était foreman, une augmentation de 2,50 $ par semaine, soit 12,75 $ pour 60 heures d’ouvrage.

La famille ne tarda pas à s’annoncer puisque 10 mois plus tard, naissait Claude, un beau gros bébé de 10 livres qui a eu bien mal aux oreilles et à qui Hélène a souvent chanté : «C’est le p’tit garçon à mon oncle Jose». Les ma tante et memére faisaient la relève pour le bercer la nuit. Claude avait à peine 15 mois quand la toute menue Julie neuf livres et demie a vu le jour. Nicolas neuf livres et trois-quarts fit son apparition 14 mois plus tard au 26 Ste-Hélène. Après 26 mois, quel laps de temps, le curé Michaud devait sûrement les regarder de travers, arrivait la chère Martine avec ses 11 livres et enfin deux ans plus tard, Pierre avec ses 10 livres venait terminer la famille. Hélène a alors ajouté à son répertoire de chansons : «C’est la poulette blanche». Quant à Roland, il lui arrivait parfois d’en bercer un pour l’endormir avec sa chanson : «Ferme tes jolis yeux». Hélène ayant été élevée sur une ferme, manifesta à Roland son désir d’avoir une vache et quelques poules. Ce ne fut pas long, Roland construisit une grange; passèrent chevaux, vaches, veaux, poules, dindons, lapins et même des petits cochons. Roland n’ayant pas d’expérience avec de les animaux a vite appris qu’on ne doit pas atteler une vache à une charrette; la petite noire lui en a fait faire des pistes autour de la maison; Hélène riait en cachette quand cela s’est produit et les enfants couraient d’une fenêtre à l’autre, quelques-uns inquiets, les autres «crampés» comme diraient nos jeunes; Une autre fois, c’est en procession dans la rue Ste-Hélène, à partir de l’église, qu’oncle Edmond Gosselin amena la vache, Hélène suivait en tirant sur le veau, Claude et Léo le poussaient, les enfants de la rue suivaient en riant.

En janvier 1953 eut lieu le premier déménagement, memére Sévigny était malade et ça prenait quelqu’un pour s’en occuper. Toute la famille déménagea, même la vache suivit.

Que de souvenirs reviennent à notre mémoire : 1) Le jardin que nous …… immense à sarcler. 2) La récitation du chapelet et la prière du soir suivis d’interminables invocations à tous les sains connus et inconnus. Même en auto on priait. 3) Le pèlerinage à Ste-Anne de Beaupré avec la famille chez mon oncle Léo. Nous étions 13 en tout dans la petite Skoda bleue de mon oncle Georges qui en était le chauffeur. 4) Le jour où nous jouions à la maman, Martine qui n’avait que six ou sept ans ne cessant de trébucher avec ses grandes galoches à talons hauts, Hélène fendait son bois, elle en profita et de deux coups de hache elle raccourcit les talons des souliers l’un à un demi pouce et l’autre à un pouce et demi. 5) Quand on a eu la coqueluche, quelle corvée pour Roland et Hélène quand les 5 commençaient leur quinte vers les vingt-trois heures. Nicolas se démenait sans problème, Julie perdait connaissance et les autres, il fallait les aider à bien respirer. 6) La cueillette annuelle des bleuets, on partait en camion avec la famille de tante Germaine et tante Thérèse. Roland et oncle Philippe prenaient la précaution de percer un trou juste assez grand pour laisser passer un bleuet, dans les couvercles des contenants de Martine et Pierrette afin qu’elles ne mangent pas leurs bleuets au fur et à mesure. 7) Les voyages à Lyster

Avec le camion chez Boutin, plusieurs Bégin y prenaient place avec leurs chaises; Nicolas apportait son lunch et mangeait bien tranquille seul dans la boîte du camion. Il ne voulait pas être dérangé. 8) Les mules à Martine que Roland a lancé au fond de la cave quand elle a pris une fouille dans l’escalier et y a cassé 4 à 5 barreaux. 9) Les 40 jours de vacances que nous avons eu grâce à la scarlatine de Martine. 10) La lettre du dimanche soir qu’Hélène nous obligeait à écrire à Julie lorsqu’elle était pensionnaire à Winnipeg. On ne savait plus quoi lui dire. On lui parlait de parties de hockey du Canadien. 11) Les visites du dimanche à St-Isidore avec le Plymouth 38. Un vrai pèlerinage, on allait tous les voir à tour de rôle, on aimait bien cela. 12) Il y a une chose aussi qu’on a compris beaucoup plus tard, Hélène et Roland faisaient souvent une sieste après le dîner le dimanche midi. Les enfants allaient jouer dehors ou à la cave pour ne pas les déranger. À un moment donné, on a compris c’était quoi leur repos du dimanche après-midi. Une chance qu’ils se sont reposés le dimanche après-midi, on serait peut-être pas là nous autres s’ils ne s’étaient pas reposés.

Durant toutes ces années, Roland a exercé plusieurs métiers. Ainsi, au début du mariage, il était à l’emploi de la Cie John Breakey Ltée; il est devenu ensuite vendeur de produits Rawleigh. Il a été bedeau. Durant 13 ans, il a été à l’emploi de Jos. Boutin Enr., il s’en est donné sur la livraison, il a transporté sur ses épaules plusieurs tonnes de moulée, de farine, de sucre, etc. Il était parfois accompagné de notre regretté bon ami Jean-Marie, il disait back up, back up Roland jusqu’à ce que ça fasse paf dans la porte d’un garage. Là, il criait wow Roland….y était trop tard. Il a travaillé sur la construction chez Couillard. Et enfin, son dernier mais non le moindre emploi fut celui de maître de poste durant les 15 années précédant sa retraite soit de 1961 à 1976. Les petits enfants racontent avec plaisir les bons moments où Roland et Hélène les promenaient dans le petit chariot jaune. À travers ces 15 années, il a aussi réussi à travailler au chantier, comme concierge à l’école et comme homme d’entretien à la Villa St-Louis. Heureusement qu’Hélène était là pour le seconder et remplir le rôle de maître de poste. Quant à Hélène, elle n’a jamais ménagé ses énergies puisqu’en plus de sa besogne, elle a gardé des pensionnaires.

Quant l’heure de la retraite a sonné, Roland et Hélène se promettaient du bon temps. Au début de l’année 1979, ils s’envolaient donc vers Haïti avec oncle Louis, tante Germaine, M. et Mme Brassard et l’abbé Lachance. Roland est revenu de voyage avec une sorte de grattelle due à une allergie au soleil. Il est presque venu à la chair vive partout. Quelque temps plus tard, c’est avec oncle Philippe et tante Thérèse qu’ils se rendaient au Vermont. En revenant, une barre de fer sur la route brise le plancher de l’auto de mon oncle et Roland se retrouve avec un pied cassé, pour lui, ce fut le dernier grand voyage. Il se contente maintenant de faire ses petites commissions à pied, c’est plus sûr dit-il.

Un des grands rêves d’Hélène aurait sûrement été celui d’être infirmière; elle en a soigné des bobos, les nôtres, et très souvent ceux des autres; elle était et est encore toujours prête à accueillir tout le monde, elle aurait sûrement été une bonne aubergiste aussi. De toute façon, elle a toujours su nous gâter, elle était toujours au devant de nous pour nous éviter tous les problèmes. Elle nous préparait nos plats préférés avec une attention très particulière, et, elle le fait encore.

Quant à Roland, on disait qu’il était sévère. C’était un peu vrai, mais ça ne durait pas longtemps. Il pouvait dire à l’occasion : «je vais sortir la strap». La «strap» c’était la ceinture de ses pantalons. À peine le temps de l’enlever de ses pantalons qu’il était déjà défâché. Ce n’était vraiment pas inquiétant, même si sur le coup, on avait peur un peu.

Roland et Hélène n’ont pas ménagé les efforts et n’ont pas hésité à se priver; ils ont trimé dur pour nous rendre la vie facile et pour nous faire instruire. Nous profitons de cette occasion, leur 50e anniversaire de mariage pour leur témoigner toute notre gratitude, toute notre affection, et tous nos remerciements.

Papa et maman, nous vous aimons,

Vos enfants et petits enfants

Nous vous prions, maman, d’accepter ces fleurs qui vous sont remises par Anne-Hélène et Simon et aussi pour papa et vous ce téléviseur, avec commande sans fil, afin de pouvoir écouter en paix, les émissions de votre choix, par Jacinthe et Pierre-Jean.

Septembre 1987




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